Vous avez oublié votre identifiant

En une journée il y a eu la perte d’un passeport et la perte d’une tablette…

Vite, vite retrouver un papier de légitimation, un papier qui certifie que l’identité est validée, attestée, certifiée, officielle et puis il a fallu changer les authentifications, modifier les codes d’identifiant… En plus, avec ça, Facebook me demandait une photo pour qu’ils soient sûrs – mais qui ? – que j’étais bien moi… Saperlipopette ! C’est quoi ce binz ?

De la littérature et des études sur l’identité, sur le « qui suis-je », il y en a à profusion, je laisse le sujet aux spécialistes de tout acabit, des psy aux analystes de marché, en passant par les sociologues, les bobologues et les coachs en tout genre ; mais…l’identifiant…

Quand on perd un identifiant on demande de nous renvoyer un message à soi-même : « heu, oui, rappelez-moi mon nom… ». C’est magnifique !

Chacun adore faire un nouveau test de personnalité pour se rappeler à son bon souvenir. Quand on lit les résultats, on reste perplexe, mais ça nous a plu de passer un petit moment en notre compagnie.
Alors qu’en réalité se souvenir qu’on préfère le jus de citron pressé au gin tonic ou la fête de la musique au barbecue familial, franchement ce sont des points de repères qui peuvent changer en fonction de l’âge auquel on fait le test….

Ça me fait penser à ce qui se passe en classe  : si vous proposez une peinture libre, chacun va pouvoir identifier facilement son œuvre, même si elle n’est pas signée. Mais, si vous décidez de faire passer je ne sais quelle activité bien ficelée où chacun va devoir suivre les consignes de travail, si – par malheur – vous oubliez de noter l’auteur, c’est fichu ! Vous ne reconnaîtrez que celui qui n’a pas pu, ou voulu, suivre les consignes. D’ailleurs, eux-mêmes ne reconnaîtront pas leur travail.

Très tôt on met l’accent sur ce qu’il convient de faire au lieu de rendre attentif au plaisir de faire, ce moment intime et personnel qui se remplit de grâce quand on est pleinement dans notre action. Malheureusement, très tôt, chacun a très envie de suivre les consignes, c’est d’ailleurs beaucoup plus facile et simple de suivre ce que la maîtresse a demandé. Si l’activité est trop libre, plusieurs déjà n’auront pas d’idées et, peut-être même, plus de plaisir… quelle misère ! Et puis, il y a ceux qui tiennent à leur dessin comme à la prunelle de leurs yeux, qui veulent absolument le prendre tout de suite à la maison, et puis ceux qui l’oublient au fond de la classe, mais cet attachement à l’oeuvre elle-même n’a rien à voir avec ce moment exceptionnel qu’ils ont pu vivre en dessinant ou peignant.

Une nuit ma fille s’est réveillée en pleurs parce qu’elle avait rêvé qu’on lui avait volé son dessin…. j’ai accueilli son désarroi, mais j’ai aussitôt rajouté que personne ne pouvait l’empêcher de faire d’autres dessins, que personne ne lui volera jamais son envie, son plaisir et sa capacité de faire des dessins.

Vous, les papaz et les mamaz, ne vous inquiétez pas de ce qui est bien ou pas bien, juste ou faux…mais veillez sur cette partie de l’être qui échappe aux contingences du temps, prolongez et multipliez ces moments de grâce où l’enfant est pleinement dans ce qu’il vit et développez la conscience de ces instants.

Dans les épisodes les plus noirs de ce que j’ai pu traverser, il m’est arrivé d’avoir le sentiment de ne plus exister, de ne plus savoir où j’avais la main gauche ou la main droite… tout fracas mène à une perte de repères vertigineuse. Comme par hasard, c’est à ce moment-là que j’ai croisé quelqu’un surgi de mon passé, le plus souvent un camarade de banc d’école. Tout à coup, cette rencontre est comme une grande porte qui s’ouvre à l’horizon, une trouée de soleil au milieu des nuages : « Mais ouiiii ! C’est bien moi ! Je suis là, j’existe irrémédiablement ». J’avais oublié mon identifiant…

Je retrouve ce qui m’emballe, ce qui me transporte, ce qui me réjouit, les couleurs, les saveurs, les odeurs qui sont mes points de repères. Car qu’y a-t-il d’autre pour se situer que ce qui se vit vraiment dans notre être, dans notre corps, notre coeur et notre esprit ?

Si vous avez oublié votre identifiant, vite, vite, trouvez quelqu’un qui vous fasse rire, car quand on rigole on se reconnecte à soi. On rit dans le berceau et on peut rire encore quand nos jambes ne nous répondront plus. Pouvoir rire aux éclats est une constante qui ne nous quitte pas et c’est dans cette partie de nous-même que se situe notre identifiant. Les personnes de votre entourage qui vous font rire sont précieuses, ce sont elles – entre autres – qui vous reconnectent à votre identifiant…

Et vous, les papaz et les mamaz, multipliez les moments de rire !

(la suite au prochain épisode)

2 réflexions sur « Vous avez oublié votre identifiant »

  1. Superbe Marie-Rose, comme très souvent quand je te lis, ça transporte, ça parle, et ça ramène tous ces mini drames au bon sens et à leur juste place ! Dieu que d’anxiété autour de tout et rien … Merci encore une fois pour cet ancrage, et pour tes mignons mots pour le dire.

    Et gros bisous

    Nadine

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