Valeurs subliminales

Chaque année quand viennent les fêtes qui tombent un jeudi (Jeûne Genevois, Ascension…), les enseignants traquent les familles qui font le pont sans rien dire à la maîtresse…

C’est très vexant de considérer que l’école passe au second plan et que certains ont le toupet de passer outre toutes les conventions administratives (demande de congé en bonne et due forme) ou simplement sauter à pied joint sur une certaine politesse (respect du travail scolaire), voir morale (ne pas dire de mensonges)…

Je me suis levée ce matin en pensant à ce papa qui voulait absolument que je sois plus ferme avec son fils, 6 ans, qui se ronge les ongles, déformant déjà l’extrémité de ses doigts… Ils ont fait le pont, sans rien dire à personne. Je sais qu’ils ont dû profiter pour aller voir leur famille dans le Sud.

Je sais aussi que ce papa est très inquiet des progrès en lecture de son fils, qu’il le fait travailler à la maison en apprenant une calligraphie d’écriture qui ne correspond pas à celle qui est enseignée dans nos manuels suisses, mais cette rigueur studieuse connaît une trêve pour aller voir les êtres chers qui sont restés là-bas. Et voilà comment une valeur subliminale s’ancre peu à peu dans le coeur de ce petit bonhomme de 6 ans : le travail c’est très important, l’école c’est très important, mais le lien qui nous unit à nos aïeux est encore plus important, incontournable et profond, il nous autorise à le faire passer au tout premier plan.

Un autre cas de figure que j’ai pu observer était analogue, mais opposé : autoriser son ado à sauter l’anniversaire d’une grand-mère, afin de lui laisser l’espace vaste et généreux d’un dimanche pour préparer un exposé de français.  Là c’est le contraire, les devoirs scolaires étaient plus importants que la réunion familiale.

C’est assez facile de lire entre les lignes de notre quotidien, percevoir ces valeurs qui priment, celles qui nous poussent à faire certains choix plutôt que d’autres. Il ne s’agit pas de savoir si c’est bien ou pas bien, juste ou pas juste… la question est de les expliciter suffisamment, en avoir conscience pour pouvoir les vivre pleinement, en évitant de provoquer des conflits intérieurs qui pourraient à la longue faire naître des inquiétudes ou des angoisses tout à fait inutiles ou douloureuses.

S’il est honorable de sauter une réunion de famille ou même un repas tout court, un anniversaire ou une sortie à ski pour étudier, comment justifier ensuite que la famille, la santé ou le plaisir soient plus important que le travail ?

Notre quotidien est un livre ouvert sur les priorités qui nous habitent et les enfants sont extrêmement perméables pour s’imprégner de toutes ces valeurs qui se passent de mots. Inutile d’affirmer que l’habit ne fait pas le moine, si votre garde-robe déborde ; inutile de défendre la cause des réfugiés si vous n’ouvrez pas la porte au voisin que vous ne connaissez pas encore ; inutile de clamer qu’il n’y a pas que l’argent ou la réussite sociale qui compte, si vous y laissez votre peau…

On peut s’amuser à lire entre les lignes :

  • l’achat de la boîte de goûter peut être plus important que le contenu de la boîte : certains viennent avec une pomme découpée en quartiers dans un sachet en plastique et d’autres avec la super-boîte de super-princesse-Noga pour contenir les céréales multicolores de Pestlé ;
  • renoncer à une journée à ski pour permettre au chérubin d’aller à l’anniversaire de son petit copain de classe  ou considérer que des anniversaires il y en aura d’autres ;
  • quitter son travail pour aller chercher le petit qui dit avoir mal au ventre ou attendre que la maîtresse rappelle pour voir si la douleur est urgente ;
  • accepter une ribambelle de gamins dans sa maison pour souffler quelques bougies ou les emmener tous au cinéma ;
  • organiser son week-end sans temps morts, enchaînant activités d’intérieur et manifestations en plein air, ou laisser voir venir le temps et improviser en écoutant les envies du moments.  Etc, etc…

Alors de quoi sera fait cette belle journée ? Faire des pâtés de sable au parc ou inviter belle-maman ? Partir écouter les oiseaux dans la forêt ou faire cuire le gigot à chaleur lente ? Faire un tour à vélo et manger une glace au bord du lac ou réinitialiser son ordinateur  en rangeant ses placards ?

Quelle vie trépidante et quelle aventure !

PS : je trouvais très important que ma fille puisse honorer toutes les invitations d’anniversaire de ses camarades…jusqu’au jour – elle devait avoir 5 ans – où j’ai découvert qu’elle en avait caché une…parce que pour elle c’était plus important de passer le week-end intégral avec son papa, sans dérogation, sans en sacrifier la moindre heure, pour être avec papa… et, entre autre, ils dessinaient.

2 réflexions sur « Valeurs subliminales »

  1. Cela me touche personnellement
    Très sensible question qui en ce qui me concerne me prendra une vie pour en trouver l’équilibre ! Et si j’y arrive je mourrai en paix😇merci Marie Rose

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