Un jour au Japon…

C’est dans la campagne japonaise, qu’elle avait sa petite échoppe de poterie, l’atelier y était attenant et elle pouvait accéder à son lieu de vie par un petit escalier en colimaçon.

Les jours s’écoulaient de manière paisible, toute la vaisselle qu’elle proposait présentait des couleurs particulièrement vives, des motifs originaux et des nuances inconnues jusqu’alors dans la contrée.

L’empereur lui rendit visite et fut fasciné par ses créations. Séduit, il lui demanda de s’installer dans son palais pour continuer à créer et lui commanda une toute nouvelle vaisselle. Il avait besoin de mille pièces, il lui mettrait à disposition un atelier spacieux, le matériel et les outils, un logement, enfin tout le nécessaire pour qu’elle se sente encore mieux que chez elle.

Elle accepta son offre et continua ses créations. Mais peu à peu elle remarqua que les couleurs de sa vaisselle étaient plus ternes, personne ne l’avait remarqué, elle seule savait, car elle était le maître potier. Elle n’avait pourtant rien changé dans sa technique, les motifs qu’elle seule pouvait créer étaient reconnaissables. Ce phénomène l’attrista, elle s’acharnait au travail, elle s’en voulait de ne pas retrouver cette lumière qui habitait ses oeuvres.

Personne n’avait remarqué ce changement de couleurs, elle en déduit qu’en réalité personne n’avait vraiment compris son art, ce qui l’attrista encore plus. Elle commençait à perdre le goût de créer.

Elle s’assoupit et dans un demi-sommeil elle revit son ancienne échoppe, le paysage de sa contrée, elle parcourut en songes les bords de sa rivière et tout à coup son coeur ne fit qu’un bond : elle avait tout compris !

Sans même y réfléchir, elle fit ses bagages, réunit son matériel et demanda une audience d’urgence à l’Empereur. Elle arriva dans son cabinet sans perdre haleine, ferme et décidée dans ses propos :

–  Votre altesse impériale, vous viendrez chercher vos pièces à mon échoppe d’autrefois. Comparez ces deux bols et dites-moi ce qui les différencie.
– Je préfère celui de droite, il est plus lumineux.
– Merci votre altesse, votre finesse m’honore. Celui que vous préférez, je l’ai fabriqué dans mon atelier, celui de gauche sort du four que vous avez mis à ma disposition. Ici, j’utilise l’eau de votre puits, dans mon atelier j’utilisais l’eau qui provenait de la rivière au bord de laquelle se tient mon habitation. L’eau de ma contrée contient la lumière des cailloux qui roulent dans le courant, c’est une eau vive et habitée, celle du puits ne voit pas la lumière. Pour que votre vaisselle resplendisse, il vaut mieux que je poursuive mon travail chez moi.

L’Empereur s’inclina devant l’authenticité de la potière et lui promit de veiller à ce qu’elle ne manque de rien.

La potière retourna chez elle le coeur léger, elle retrouva joie, force et inspiration.

On raconte même que sa vaisselle avait un effet sur ceux qui l’utilisaient : les plats en devenaient plus savoureux, plus digestes et les convives plus joyeux.

Peu lui importait les commentaires de chacun, elle savait quel était son art et n’avait besoin de personne pour le lui dire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*