Sourire au passé

Je ne sais pas pourquoi chacun se sent attendri devant un enfant qui titube en faisant ses premiers pas, ou en admirant la maladresse de ses premiers dessins, ou encore en le laissant prendre ses premières bouchées tout(e) seul(e)… et puis plus tard fini !

La maladresse ou le mauvais goût des premiers maquillages n’a – semble-t-il – pas le même impact. La désinvolture des premières affirmations ou certitudes non plus, l’arrogance des premières libertés pas davantage.

Que se passe-t-il pour que nous ne ressentions pas la même tendresse, la même ouverture, ce sentiment qui – quoiqu’il ou elle décide – nous fasse déborder de confiance, d’amour et de réjouissance ? Y a-t-il un âge charnière où nous ne pouvons plus avoir la même admiration ?

Il me semble que cela touche nos peurs, je crois qu’à un moment donné la confiance nous quitte devant les risques que l’on voit poindre et la peur nous envahit en imaginant des catastrophes ou la perte de leur amour nous laisse de glace. On passe de la démagogie molle à la froideur autoritaire.

Perd-ton son autorité au fur et à mesure que nos enfants grandissent ? Cesse-t-on d’être un modèle ou un point de repère ? Craint-on de passer pour un vieux con – ou une vieille conne – le temps venant ?

Aujourd’hui, plus que jamais, il est indispensable que les papaz & les mamaz, les grands-papaz et les grands-mamaz, lâchent leur I-truc pour s’exprimer et échanger, car s’ils ne le font pas, qui le fera ?

Autrefois on pouvait entendre : « ton père était au front en 14-18 ! », et puis plus tard, « Je suis un enfant de la guerre, alors tout est bon dans l’assiette ! ». Ça c’était ce que ma génération, née dans les années 60, a pu entendre (ouais ben no comment!). Tout ça c’était pour qu’on apprécie l’opulence qui nous entourait.

Mais après, il y a ceux qui ont vécu une autre guerre… ceux qui ont échappé à la mort par overdose, ou la celle du SIDA, celle des années 80. Alors on nous mettait en garde, on nous a bassiné avec les dangers du pétard qui dégénère en ligne de coke ou fumette du cheval blanc. Vous connaissez la chanson de Gainsbourg… les enfants de la chance… https://www.youtube.com/watch?v=lBD4uqKB2rQ (1987) C’était notre Viet Nam à nous. Tout ça c’était pour nous inculquer qu’on ne pouvait pas jouer avec sa santé.

Je me dis qu’aujourd’hui une autre guerre, encore différente a vu le jour, celle des jeunes et très jeunes d’aujourd’hui scotchés sur les tablettes ou les téléphones des parents. Certains appellent ça l’héroïne numérique comme dans cette émission https://www.youtube.com/watch?v=DyK4vxbAmwQ

Ceux-là doivent faire face à un autre fléau, bien plus insidieux parce qu’il ne se voit pas et qu’on n’en meurt pas. Pas de trace sur les bras, pas d’analyse capillaire ou sanguine pour faire un point de situation. On devient juste malheureux, dans une misère relationnelle que l’école est censée rattraper. Les enfants deviennent juste inadaptés dans un groupe et ne savent pas profiter des liens qu’ils devraient tisser.

C’est pas très grave de passer pour de vieux cons, des gâcheurs de plaisirs, le temps partagé est de l’or qu’ils engrangent dans leur besace de vie. Alors pour qu’ils ne soient pas « dys de la vie », comme dit ma copine Alexia, prenez le temps d’échanger des phrases avec un sujet, un verbe et un complément, s’il y a encore un complément de temps ou de lieu, ce sera top ! Il faut régater avec les émoticônes !

Sourire au passé, c’est me rappeler qu’effectivement je me bagarrais pour ne pas aller au Mac Do avec ma fille et aujourd’hui elle se cuit des petits légumes arrosés à l’huile d’olive, elle se fait des petites potées de lentilles au curry et le pompon : sans viande !

Et moi je vous dis : j’ai même subi des pressions !

Ah je ris, de me voir si belle en ce miroir ! (c’est un autre registre…)

Une réflexion sur « Sourire au passé »

  1. Encore un chouette texte, merci!
    J’adore ce dessin aussi hihi.
    En lisant tes propos, je me dis que c’est peut-être une des raisons pour laquelle j’adore ces soirées danse; une des raisons pour lesquelles j’ai des amis un peu plus vieux aussi. Nul téléphone durant ces soirées passées avec eux, sauf pour les quelques photos ou vidéos.
    ***
    Ces “smartphones”, ils portent bien leur nom, et sont une belle porte ouverte vers la perte de temps. On s’isole dans ce petit monde du téléphone, où mille pubs sont glissées. On se coupe de ce qui nous entoure et on oublie ce que c’est que de vivre, d’échanger et de partager… ou bien justement pas?

    ***

    Misère relationnelle peut-être dans ce monde où l’on a plus de temps pour rien. Alors on créée des réseaux sociaux où l’on a mille amis, des centrales whatsapp où l’on peut suivre vingt conversations à la fois, parce que dans cette société où tout va trop vite, c’est le seul moyen qui reste d’échanger. Parce qu’on prône l’individualisme, et que la valeur que l’on attribue à une personne se base sur son physique et ses performance plutôt que sur son être? Alors vas-y que je prends une photo de moi avec ma nouvelle coiffure, mon nouveau sac Gucci, que je prends une photo de mes enfants et de leur super gâteau d’anniversaire en pâte à sucre rose, et que je les partages sur Facebook pour avoir l’approbation que ce que je fais est bien. Pourquoi? Parce que la confiance en soi est basée sur des choses superficielles, et que mes amis n’auront probablement jamais le temps d’admirer ma nouvelle coiffure, ni de voir mes enfants grandir, ni de voir mon beau gâteau. Parce qu’on a plus de temps pour soi. Parce que le téléphone est une “drogue” comme une autre qui nous permet de nous échapper l’espace de quelques instants. J’avais entendu une fois “le contraire de l’addiction, c’est le lien”.

    A bon entendeur, donc.

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