Santa Barbara

J’ai grandi avec l’expansion de la télévision… oui c’était avant les portables… Ma grand-mère adorait regarder « La petite maison dans la prairie », ma mère c’était « Santa Barbara » et moi « Desperate housewives ». Ma fille ? Heu, je sais pas, des histoires de dracula, mais je sais pas s’il y avait aussi des histoires d’amour incluses dans les feuilletons. J’ai vite compris que je ne faisais plus partie de cette génération.

Bref, à partir de là je crois qu’on a tout dit, mais si vous voulez ouvrir une chaire universitaire d’analyses psychologiques ou sociologiques, c’est vous qui voyez.

Un jour, en fin de journée, je trouve ma fille – 4 ou 5 ans – assise à côté de sa yaya devant un épisode de Santa Barbara :
– Elle ne sait pas que c’est en fait son père ? (heu…ou son frère, j’sais plus)
– Non elle sait pas.
– Mais elle est amoureuse de lui…
– Oui, parce qu’elle ne le connaissait pas avant…
– Alors elle est jalouse, parce qu’elle pense qu’elle peut se marier avec lui ?
Etc, etc…
Wouaw ! C’est une autre version du Feuilleton de Thésée !
Bon, moi je m’épargnais des discussions,voire des disputes sur le choix de l’activité partagée, en considérant que ma fille se nourrissait de son environnement en fonction des personnes qui l’accompagnaient et ce que ces dernières pouvaient lui offrir. Elle aurait tout le temps, au cours de sa vie, de s’orienter vers d’autres horizons, suivre ses aspirations personnelles et développer ce qui lui tenait à coeur.

Bref, je repense à Santa Barbara, car même si je n’ai pas visionné un seul de ces épisodes, les histoires d’amour ça draine… ça draine l’imagination, les principes, les aspirations, tous les possibles et on ne s’en lasse pas… enfin, moi, je ne m’en lasse pas…

Personne ne détient la résolution de l’équation amoureuse… et on continue de tâtonner, il n’y a décidément pas de formule magique !

Mais quand même ! On a en mains une des données du problème : Soi ! Soi-même ! On ne peut s’appuyer que sur ce qui gît au fond de nos tripes. Et personne ne peut prendre la parole à notre place, même le plus bon des plus bons psy de la terre.

Mes deux grand-mères : veuves depuis la nuit des temps.
Mes parents : liés à la vie à la mort depuis leur adolescence. J’avais dit à mon père en rigolant : « tout est de ta faute ! Je croyais que tous les hommes étaient comme toi ! ». Je riais et il souriait, il ne savait pas quoi dire… Effectivement, il n’y a pas grand’chose à dire tant chaque histoire de coeur est exceptionnelle et unique.

Je n’en menais pas large lorsque j’ai divorcé, ma fille était toute petite et je me sentais coupable de ne pas avoir pu faire mieux pour elle. Alors, j’étais bien contente, lors d’une lecture du soir de tomber sur l’histoire du renardeau, où le mâle quitte le terrier pour laisser la renarde élever ses petits :  « c’est comme toi maman ! », « oui ». Ouf ! Je ne suis pas un monstre, je suis une renarde.

Il n’empêche que les histoires de couples constituent le meilleur terrain d’aventure pour expérimenter ce qu’on est capable d’offrir et ce qu’on est capable de recevoir… L’histoire d’une vie. Le microcosme où se joue ce que notre intimité est capable d’exprimer, de partager, de retenir, d’innover ou de créer. Le jardin où on se risque à semer ce qui ne poussera jamais, baisser les bras ou persévérer, voire s’entêter. Tout ça avec tous les principes et les valeurs qui nous tiennent à coeur.
C’est vertigineux, grandiose !

Alors pour tous ceux qui ont choisi de vivre en couple, mesurez votre hardiesse ! Le courage de vous remettre en question. La force de tout envoyer péter ou cette créativité qui pousse à mettre les pieds là où vous n’auriez pas imaginé que vous seriez capable d’y mettre le petit doigt… L’essentiel étant de ne pas se perdre de vue, respecter son intérieur, accueillir ses émotions et se traiter soi-même avec bienveillance.

Ce que j’ai pu remarquer c’est que la souffrance rend tyrannique, les gens qui souffrent ont de la difficulté à partager avec l’autre, ce qu’ils n’arrivent pas à s’offrir eux-mêmes. Seront-ils pour autant mis au ban ? Bannis de l’amour ? Bien sûr que non ! Tout est extrêmement bien ficelé dans la Grande Vie, chacun se tisse un destin, souvent à son insu, où il y a une place pour vivre l’Amour sous toutes ses formes et aucune ne ressemble à une autre. Toutes les configurations sont possibles, même les inattendues, les inespérées, les surréalistes et les incongrues, parce qu’il y a toujours quelque chose à vivre, à expérimenter ou à découvrir. Rien n’est particulièrement faux ou particulièrement réussi, parce que c’est votre création permanente et perpétuelle, c’est la vôtre. Le seul cap à tenir est le respect de vous-même et de vos aspirations.
Mais comme se connaître demande une attention et un temps fou…c’est effectivement difficile de construire une relation, surtout la première, quand on ne sait pas encore vraiment ce que l’on a dans les mains…
C’est encore une fois un peu comme la cuisine : on ne naît pas en sachant faire la cuisine, il faut du temps pour découvrir tout ce que la nature met à notre disposition et le temps de cuisson de chaque ingrédient et les saveurs qu’elles vont offrir, sans parler de nos préférences ou nos intolérances ! Vous voyez la gageure ? M’enfin, prendre le temps de se préparer des petits plats, c’est toujours plus sain que les plats préemballés ! Y’a pas photo !

J’ai reçu un mail avec un texte que l’on attribue à Shakespeare, j’en cite deux passages :
«Ne permettez à personne de vous insulter, de vous humilier ou de diminuer votre estime de soi. (…) La meilleure relation n’est pas celle d’une personne parfaite, mais celle dans laquelle chaque individu apprend à vivre, avec les défauts de l’autre et admirant ses qualités. »
Trop fort ce Shakespeare, comme Molière ! Pourtant je ne suis pas de leur génération…ils appartiennent à cette famille hors du temps, ancrée dans l’infini.

La nouvelle génération ? Et bien ma petite nièce, 15 ans dans une semaine, a mis sur son profil WhatsApp : chercheuse d’étoile de terre ! Oh ! merci !

 

3 réflexions sur « Santa Barbara »

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