Robinson dans la ville

Disons que je ne suis pas téméraire, ni voyageuse…mon quartier c’est parfait…l’aventure n’est pas loin.

On me dit : « sortir de sa zone de confort »…mais moi dès que je sors de mon antre, c’est-à-dire de la pièce dans laquelle je vous écris, MA pièce, je sors déjà de ma zone de confort…c’est pas très compliqué et en plus c’est gratuit !

Dès que j’adresse les premiers mots à celui que je croise, je suis déjà sortie de ma zone de confort, l’autre est déjà un autre univers avec d’autres repères, d’autres valeurs, d’autres priorités, une autre échelle dans le choix de ses mots.

Je perçois déjà des préoccupations qui ne ressemblent pas toujours aux miennes, des aspirations qui peuvent me paraître si étrangères et des besoins qui me semblent inconnus. Je dois trouver un point d’eau pour que nous puissions boire à la même source, m’assurer que nous parlons la même langue, m’adapter, trouver un terrain d’échange et de partage.

J’ai toujours clamé que je n’avais pas besoin de pratiquer le saut à l’élastique, je me fais déjà des émotions en lisant les gros titres de journaux que je ne lis même pas.

Tout ça pour dire que vivre en pleine conscience son quotidien et ce qui se présente est déjà une aventure à part entière. Pour ceux qui s’imaginent qu’ils ne font pas grand’chose de leur vie, je m’insurge en rétorquant : « non ! ». Chaque heure qui passe est déjà une création, un afflux d’éléments nouveaux à découvrir ou qui remettent en question, avec lesquels il va falloir jongler.

Vous en doutez ? Vous voulez des exemples ? Vous n’en n’aurez pas : ouvrez l’oeil !
Je prends le tram : « tiens ils font des jeux sur leur portable…le but ? Regrouper des boules rouges ou jaunes…ou courir après quelque chose qu’il faut mitrailler…ils sont contents  »
Je parcours les vitrines : « tiens il y a de nouveaux téléphones, non, ils ressemblent aux autres mais ils sont différents, ils ont des trucs en plus, beaucoup mieux, indispensables, je ne savais pas…c’est incontournable, ils font la queue. »
J’arrive à la salle des maîtres : « tiens il y a un nouveau problème, il y a quelqu’un qui a transmis une fausse information alarmante sur les réseaux sociaux…ça va nourrir les conversations. »
J’arrive en classe : « tiens il est désespéré, il était devant et quelqu’un lui a pris la place, c’est un drame, la violence pointe son nez, je vais jouer au Roi Salomon. ».

Des inquiétudes ou des préoccupations comme des montagnes à franchir, des malentendus ou des incompréhensions comme des jungles dans lesquelles on se perd, des disputes comme des zones désertiques qui font obstacle…

Je me sens Robinson dans ma ville. J’ai tout à construire chaque jour, je dois faire feu de tout bois et me dire que chaque élément qui se présente enrichira mon voyage.

Est-il nécessaire que je parte à l’autre bout de la terre pour mesurer la distance qui sépare nos préoccupations, nos aspirations, nos cultures ? Non, c’est là, à portée de ma main, car j’ai envie de te rejoindre, j’ai envie de te com-prendre – cf prendre avec moi –, pour partager avec toi combien ton quotidien est riche, combien ta nature est belle et puissante pour que tu puisses jouir de chaque instant.

Alors je récite la prière de Saint-François :
« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à
être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. 

Je n’aime pas tellement la formule de “résurrection” et de “vie éternelle”, je dirais plutôt vivre ta flamme de vie qui ne cessera de briller.

Heureusement, en ouvrant l’oeil, on trouve quelques Robinson dans la ville et je me demande s’il n’y a pas des Robinson à qui on a donné des médicaments en leur faisant croire qu’ils avaient la tourista…
Merci aux Robinson qui se regroupent pour faire fleurir des jardins urbains.

3 réflexions sur « Robinson dans la ville »

  1. Oui… la couleur de l’autre, un vaste sujet. Un des plus grands défis de notre vie : accepter que l’autre soit différent, pense différemment et pouvoir le rencontrer en paix. Merci pour tes beaux textes, Marie-Rose. Ils illuminent l’automne. Des bisous.

  2. Merci Marie Rose
    La vie est à nos pieds ,là sur le pas de la porte
    Merci de nous rappeler d’ouvrir grand chacun de nos sens à chaque instant de nos vies
    Bisous

  3. Toujours autant de plaisir à te lire Marie-Rose.. ça fait du bien de connaître d’autres ressentis face aux choses de la vie.. et de laisser l’espace à sa propre réflexion sur le sujet.. Merci pour ça et belle journée.

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