Manifeste de créativité

L’avantage d’être née dans une famille dont les aïeux n’avaient rien de rien, c’est que l’esprit débrouillard s’est transmis de génération en génération. Ainsi donc, le bon côté de la pénurie monétaire vous pousse à vous lancer dans des initiatives qui vous dépassent complètement et innocemment on reste avec la prétention que ça va le faire… Donc, à la maison, de même que chez mes oncles et tantes : on se teignait les cheveux en allant chercher les produits chez le coiffeur, (à l’époque ça n’existait pas dans les grandes surfaces), on tapissait les murs en plongeant le papier dans la baignoire, on transformait des robes en jupes, on fabriquait des savons avec les vieilles huiles, on improvisait des étagères, on pratiquait la cuisine intuitive, etc, etc…

Forcément, cet état d’esprit m’a fait faire quelques boulettes, comme lorsque j’ai voulu utiliser le frigo de la cuisine comme tableau blanc en prenant un feutre indélébile, quand j’ai voulu faire des retouches sur les boiseries de l’appartement en mélangeant des peintures dans des pots de yaourts qui ont fondu pendant la nuit, quand j’ai voulu agrémenter le poulet du four avec du porto, quand j’ai voulu me tricoter des chaussettes ou une jaquette, etc…

Parce que j’avais vu ma mère démonter l’aspirateur pour en extraire un foulard, aspiré par erreur, sans pouvoir remonter ledit aspirateur, j’avais vu mon oncle construire une piscine dont l’eau ressemblait à une mare à canards en quelques semaines, j’avais vu ma grand-mère utiliser le robot ménager pour transformer le pain rassis en panure à poisson, etc…

Cette attitude – parfois frénétique, je l’avoue – a pourtant l’avantage de faire une confiance formidable dans notre capacité à inventer, associer, essayer, se lancer…sans craindre – surtout pas – le résultat. Seulement aujourd’hui il existe malheureusement des modes d’emploi pour tout, alors que, chez moi, jamais on aurait imaginé qu’il existerait des livres de cuisine ! Aujourd’hui, tout est clef en main, comme si on ne pouvait pas improviser allégrement. Si c’est raté, on défait tout et on recommence, c’est pas très sorcier. On recommence.

Aujourd’hui, il existe même des bestsellers pour ranger ses armoires ! C’est le pompon !

Ce qui m’inquiète est que cela suppose qu’il y a des spécialistes pour tout, et que nous pauvres quidam nous ne savons rien du tout…alors, à partir de là, quel message faisons-nous passer à nos enfants ?

Nous sommes pourtant nés artistes dans l’âme, l’enfant est inventif, créatif, libre ! Je connais une petite demoiselle qui avait fait le lien entre le crépis du mur et la pomme du goûté qu’elle avait rapée contre le mur en disant « pomme rapée, pomme rapée » Magnifique ! Cette même demoiselle avait eu l’idée de tondre toutes les peluches de ma fille, faire des tatouages sur les barbies en les crayonnant au stylo à billes, de même que faire exploser des thermos dans sa chambre en faisant des soupes de sorcière.

Chers papaz et mamaz, merci de vous en souvenir quand votre enfant fera preuve d’inventivité. Mesurez vos mots et vos paroles pour ne pas couper l’élan créateur !

Dans la culture orale de ma famille, on inventait des chansons, des rimes, des comptines, des gags, des jeux de mots. Mais lorsque cette inventivité n’est pas reconnue et reportée dans les journaux, on considère qu’elle n’est pas recevable. Pourquoi ? Pourquoi ne pas garder précieusement le plaisir de cette capacité créative, comme un don, une liberté rare que nous nous octroyons ? Pourquoi considérer que nous sommes un artiste déchu, parce que nous sommes pas reconnu dans les médias ? Pourtant cette créativité nous permet d’exprimer tout ce qui nous tourmente ou nous attire, c’est un exutoire jouissif qui nous relie à nous même, un sas de décompression qui nous apaise quand on en a besoin, pourquoi faudrait-il que seuls les artistes reconnus puissent en jouir ?

Ce message est donc un manifeste de créativité dont le seul succès est le plaisir que l’on ressent en le produisant.

Qu’on se le dise, et qu’on nous lâche la grappe : ce n’est pas juste ou faux, bien ou pas bien, C’EST !

2 réflexions sur « Manifeste de créativité »

  1. Tu as eu une belle enfance Marie-Rose, cela, doublé d’une belle nature positive, sensible et forte, c’est ce qui t’a donné cette belle créativité. Plein de bisous.

  2. Et pourtant, les esprits créatifs, les gens aux idées novatrices ont souvent été persécutés, On aime la rigueur, la rigidité, tout doit être droit, carré, précis, exactement comme ça et pas comme ci. Il faut aller à l’école, il faut étudier ça, suivre un programme, faire tout pareil, être noté sur les mêmes choses, et puis avoir tel ou tel papier sinon ça ne passe pas. A bas le feeling.

    Et pourtant, les savants calculs n’ont pas épargné les victimes du tsunami, tandis que les animaux ont suivi leur feeling et se sont enfuis.

    A bas l’intuition, honneur à la raison.

    Récemment, j’ai entendu “c’est drôle, Julie elle met plein de trucs au hasard dans son tupperwear sans suivre de recette et puis c’est bon”. Cette réflexion me fit un drôle d’effet. Ce qui diffère dérange.

    Trop de rigidité, tue la rigidité. Alors on boit, on fume, on se drogue, pour autoriser son esprit à vagabonder, le temps d’un soir, parce qu’on a même plus d’énergie pour rire, danser ou chanter..

    Quand ouvrira-t-on les yeux?

    Honneur aux éveillés qui ont compris qu’en bossant à mi-temps, ils s’autorisaient à prendre du recul et voir réellement le monde dans lequel on vit.

    Ouvrons les yeux. Les hommes avides de pouvoirs n’ont jamais été heureux.

    Vivons dans l’amour, et puis c’est tout.

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