Les pâquerettes de la princesse

La princesse avait un magnifique jardin qu’elle affectionnait tout particulièrement. Un jardinier, d’un certain âge, en prenait soin avec toute l’expérience et la sagesse qui le caractérisaient. La princesse avait créé des liens avec lui et venait régulièrement tailler ses propres rosiers avec lui. Il utilisait engrais et désherbants naturels, qu’il avait lui-même confectionnés à base d’orties ou de bicarbonate. Il avait toute la confiance de la princesse.

Il ne lui posait pas de question, car il avait un profond respect pour elle. Elle avait cependant quelques lubies et un jour il osa lui demander pourquoi elle ne voulait pas que l’on tonde le gazon plus souvent, car il lui semblait que ce jardin à la française faisait désordre avec ce gazon qui faisait des bosses, parsemé de touffes d’herbes…

La princesse éclata de rire et lui répondit :

– Voyez-vous Armand, si j’étais une fleur, je ne serais pas une rose arrogante avec des épines pour refroidir les admirateurs, je ne serais pas non plus un pivoine indécent de tant de sensualité, je ne serais pas non plus un lys à l’odeur écœurante, je serais une pâquerette…

– Oh Madame !… Mais on ne peut pas faire de bouquet avec des pâquerettes, on ne peut même pas faire des centres de table. Une pâquerette ?

– Mais oui Armand, vous m’avez bien entendue. Les pâquerettes annoncent le printemps, elles décorent humblement le gazon, mais à la différence de la primevère, elles permettent aux enfants de faire des colliers et des couronnes. Et je souhaite garder mon cœur d’enfant, même si je ne fais plus de couronne. Les pâquerettes sont présentes fidèlement dès les premiers beaux jours jusqu’à l’automne, elles sont discrètement généreuses.

Ce jour-là, ce fut la princesse qui donna une leçon de sagesse au vieux jardinier et elle gagna toute son admiration.

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