Le cordon ombilical

Je me souviens avoir suivi au collège (vers 15 ans en Suisse), en avant-première à l’époque, des cours d’initiation à la psychanalyse dans le cadre du cours de philosophie… heu oui c’est un peu tortueux comme programme, mais nous, on était tout contents. On avait l’impression d’entrer dans la cour des grands. Déjà que la philo c’était nébuleux, la psychanalyse c’était rencontre du 3ème type. On y comprenait pas grand’chose, mais on savait que c’était profond et sérieux, alors personnellement ça m’avait emballée.
Bref.
Le beau prof de philo nous a fait lire «Introduction à la psychanalyse » de Freud et assez rapidement j’ai déchanté. D’abord, j’ai pas très bien compris son obsession pour le sexe…bon, j’ai joué le jeu du postulat. Son histoire d’hystérie féminine n’était pas très flatteuse, mais là encore, d’accord, passons, je ne me sentais pas concernée par tous ses exemples qui n’entraient pas dans les cases de mes références familiales, alors il pouvait bien dire ce qu’il voulait.
Puis venait l’histoire du complexe d’Oedipe… J’ai gardé ça dans un petit coin de ma jolie cervelle et le temps a passé. J’ai lu plus tard le magnifique livre de Christiane Olivier : « Les enfants de Jocaste » et ça m’avait soulagée. Ah ! Il n’y a pas qu’Oedipe, il y a aussi sa mère Jocaste ! Mais heu-reu-se-ment qu’il y a une cralée de personnes qui ont continué à se prendre le chou à la suite de Monsieur Freud !
Et puis le temps a continué de passer.

Entre temps, ce qu’il ne pouvait pas savoir Sir Freud, c’est que la famille a éclaté, qu’il y a toutes sortes de familles décimées, recomposées, rafistolées. Qu’en plus il y a eu les phénomènes de migrations, alors parler d’Oedipe avec un parent qui vient d’Amazonie, du fin fond de l’Afrique ou du Sud de l’Inde, il n’avait plus qu’à revoir sa copie : la mythologie grecque n’est plus l’unique référence. Ouf !

Mais ! Mais…. le cordon ombilical… lui, il est toujours là ! Ce petit cordon de rien du tout, vital et essentiel pendant neuf mois, celui qui devient inutile dès qu’on a poussé le premier cri, celui là, tout le monde y passe, na !

Ce cordon…il y a beaucoup de parents qui n’ont pas du tout envie de le couper…ils y tiennent beaucoup… Ils ne veulent pas le lâcher…
Peut-être que ce cordon donne un sens à notre vie, peut-être que notre égo en prendrait un sacré coup, si on découvrait que notre enfant peut prendre son envol sans nous…
Je fais l’hypothèse que notre peur de vivre pleinement nous empêche de considérer que notre enfant est suffisamment fort, suffisamment intelligent, suffisamment tout-ce-qu’il-faut pour réussir tout ce qu’il entreprend et profiter intensément, en toute confiance, de la vie…
Tout se mélange : responsabilité, accompagnement, éducation, encadrement constituent un grand méli-mélo confus.
Ce cordon c’est dès qu’il veut manger seul, dès qu’il veut découvrir le pâté de sable, dès qu’il part à l’école, etc… A deux ans ils disent : “moi tout seul, moi tout seul”. (ça lui a valu une fessée magistrale dans un parking où elle avait lâché ma main. Se mettre en danger est la seule limite…magistrale). On va pas tarder à découvrir le concept d’écologie éducative…

Vous connaissez l’histoire du « libre-arbitre » qui est prôné, dans certaines confessions, par ce monsieur à grande barbe, appelé Dieu ? Cette liberté est celle que vous offrez à votre enfant en le laissant courir et tomber, s’énerver et casser son jouet, désobéir et se brûler…enfin la vie quoi.

Alors dans le registre de mes 15 ans, il y avait aussi les lectures de Pascal… Ah ! Le pari de Pascal… Pour les plus jeunes qui n’ont pas eu le privilège de cette lecture forcée, c’est l’histoire d’un mec qui essaie de convaincre ses lecteurs de croire en Dieu. Je vous la fais courte : si on y croit on a tout à gagner et si on n’y croit pas, mais qu’on fait comme si, on n’a rien perdu. (oui bon, vous pouvez wikipédier).

Je fais le même pari sur le thème de l’Amour. Oui, l’Amour avec un grand A, celui de la grande Vie, celui de la Source, celui qui réveille la sève après les grands froids, celui qui pousse les oiseaux migrateurs à rejoindre les lieux de nidifications, celui qui réunit les baleines dans des baies spécifiques favorisant l’accouplement…bref, vous m’avez comprise.

Je fais donc le pari que la vie réserve de belles surprises pour chacun et qu’il faut oser couper ce cordon pour que son enfant, qui devient adulte, puisse rejoindre le grand large. D’autres bras s’ouvriront à lui, d’autres portes lui offriront un horizon plus vaste et d’autres rencontres lui permettront de se révéler à lui-même. C’est un pari de confiance qui a peut-être été difficile à faire pour vous-même, alors offrez-le à la prunelle de vos yeux. Ne soyez plus l’ancre qui retient le bateau au port, sous prétexte d’offrir la sécurité, offrez juste un tout petit canot de sauvetage si c’est nécessaire, coupez ce cordon comme on lâche des amarres et criez :

« En avant toute ! La vie t’appartient ! »

PS : le prochain chapitre traitera du phénomène “Tanguy”, parce que je vous vois venir.

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