Le bonheur est-il supportable ?

Je n’ai jamais entendu mon père me faire de grands discours ni de grandes explications…mais, entre autres, je retiens une phrase : tes problèmes sont ceux que tu te cherches…
Inutile de dire, qu’ado, ça m’énervait passablement et j’ai longtemps considéré que vraiment « il ne pouvait pas comprendre » !
Avec le temps, je crois que j’ai un petit peu compris ce qu’il voulait dire. Aujourd’hui je me demande si je n’ai pas vécu aux côtés d’un grand sage que personne ne soupçonnait. Comme convenu, on en fera un petit debriefing au paradis…

L’autre soir, devant le film du moment, tout était cousu de fil blanc, effectivement cliché après cliché, romanesque ou tendre, il n’y avait pas de drame, pas de crime, pas de violence, pas d’injures, vraiment c’était un film trop mignon et … pratiquement insupportable ! Ça ressemblait trop à la vie de tous les jours, un film qui finit bien où tout le monde s’aime… presque écœurant !
Je me souviens que mon père, bien souvent, se couchait avant la fin de l’histoire en disant qu’il n’était pas nécessaire de regarder à la télé ce qu’on pouvait voir dans notre vie, dans notre quotidien… Ma mère et moi souriions en pensant : « vraiment, ce papa ne peut pas comprendre », mais une fois encore, je crois bien qu’il avait raison !

En réalité, profiter simplement de ce qu’une journée nous offre, paraît trop simple, c’est suspect. Il doit bien y avoir une clause quelque part, écrit en tout petit, qui va faire foirer notre enthousiasme si on n’y prend pas garde ? D’ailleurs, si vous-même vous vous sentez tranquille dans ce que vous êtes en train de vivre, quelqu’un dans votre entourage va surgir pour vous montrer quelque chose d’inquiétant, quelque chose de biaisé, auquel vous n’avez pas pris garde.
J’ai toujours trouvé flippant d’aller au restau avec quelqu’un qui a pris le pli de faire un esclandre dès que le service est trop lent, dès que le plat n’est pas assez chaud, dès que la sauce est trop salée, la viande pas assez cuite. Quelqu’un qui va démarrer au quart de tour, parce qu’il veille pour « qu’on se foute pas de sa gueule »… Au secours ! Mon estomac se noue, je n’ai plus faim, partons, fuyons !

On nous a tellement élevé à être sur la défensive, au taquet, en pleine possession de nos moyens pour pouvoir réagir en un clin d’oeil, pour ne pas se laisser faire, pour se battre si nécessaire, défendre notre morceau, faire valoir notre parole, enfin vous avez compris.
Mes élèves me le disent déjà à 6 ans : « y’a des pièges ? ».
Non ! Y’a pas de pièges ! Vous cherchez déjà de midi à 14 heures, alors que tout est tout simple, tout est noté, prenez le temps d’observer, y’a pas de piège !

Je me demande donc si nous sommes fait pour le bonheur ?
Je me souviens très bien d’une copine qui m’avait dit texto : « je ne te vois plus, parce que tu n’as plus de problème à partager. » !!! Effectivement, comme j’étais amoureuse, je n’avais plus de sujet de conversation croustillant, plus de plaintes, plus d’interrogations existentielles, tout baignait….
J’avais bien compris que les plus grands auteurs trouvaient leurs inspirations dans leurs tourments, alors est-ce qu’il en était de même pour les relations amicales ?
Si vous êtes de ceux qui aiment recevoir juste pour partager un bon repas et rigoler un bon coup, remerciez ! Car ce n’est pas à la portée de tout le monde…il faut avoir cette légèreté de l’être, cette ouverture, cette innocence pour vivre une soirée en toute humilité et gratitude.

Je me demande combien de parents élèvent leurs enfants en leur disant qu’ils ne s’inquiètent de rien, qu’ils n’auront pas besoin de se défendre, ni de se battre pour quoique ce soit et qu’ils n’ont pas besoin d’être le meilleur, parce que tout est parfait à chaque moment.

Je me demande qui ose dire à son enfant qu’il faut surtout prendre du plaisir à faire ce qu’on fait, être content de qui on est et profiter de chaque instant. C’est trop simple n’est-ce pas ?

Alors vraiment je vous le demande : est-ce si insupportable le bonheur ?

PS : j’ai une profonde gratitude pour tous les humoristes qui font partir en éclats de rire tous les problèmes du quotidien que je me suis construits et il y en a trop, je ne peux pas les citer tous !

3 réflexions sur « Le bonheur est-il supportable ? »

  1. Quand tout va bien on trouve ça suspect parce que c’est toujours à ce moment là de l’histoire qu’un évènement dramatique arrive pour construire l’intrigue, sinon il n’y pas d’histoire… C’est ce qu’on nous apprend tout le temps. Il n’y a pas de journal des bonnes nouvelles à la télé, pas d’épopée sans monstres, pas de héro sans obstacles. Mais ce qui est dommage c’est que nous nous sommes formaté à chercher cet obstacle à tout prix. On devrait ajouter aux histoires de long-long-long épilogues ou la vie est douce pour le héro une fois l’obstacle surmonté, il se reposerait juste et profiterait de la vie. Est-ce que ce serait ennuyant à lire?.. Mais au moins on s’entraînerait à observer et vivre le calme et la douceur sans systématiquement attendre d’arc dramatique!

  2. A mon avis ça vient de très, très loin…là quand nous étions dans les cavernes et qu’on se faisait manger de temps en temps par un lion, un ours, un loup, ou que sais-je… D’un coup, nos cellules ont enregistré qu’être trop détendu ça la fait pas du tout! De nos jours nous avons “éliminé” le problème des animaux (en éliminant par la même occasion les animaux avec le problème), mais notre mémoire ancestrale, elle, garde le souvenir ou cas où. En plus, grâce à l’agriculture, nous avons ajouté plein de trucs inutiles (tu demanderas à ton frère qu’il te raconte tout ça), qui fait qu’on essaie de résoudre un problème en créant un autre. C0mme le temps passe, nous avons pu accumuler suffisamment de problèmes pour bien nous stresser et chaque fois garder une trace au niveau de la fameuse mémoire cellulaire. Il nous reste plus qu’à faire une petite visite de temps en temps à notre kinésiologue préférée pour un petit nettoyage et hop, nous voilà de nouveau dépoussiérés jusqu’au prochain épisode. Ainsi va la vie!

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