L’amour sournois

Hypocrisie : «vice qui consiste à déguiser son véritable caractère, à feindre des opinions, des sentiments…» définition du Petit Robert.

Mille fois je me suis retrouvée à pester contre quelqu’un et me dégonfler comme un ballon de baudruche, lorsque je me retrouvais nez à nez avec ladite personne… Evidemment, je m’empressais de m’accuser d’hypocrisie, de lâcheté, de lavette et pire si entente.

Je me sentais fort malheureuse et pétrie de tourments, voyant bien que non seulement je pouvais me sentir torturée par les mots ou les attitudes de quelqu’un, mais qu’en plus j’en rajoutais une deuxième couche en m’accablant froidement de mon comportement.

Bon, vous me direz, fallait tout simplement consulter pour ce problème de manque d’affirmation de soi, manque de confiance, capacité d’expression, etc, etc… Seulement, je l’ai déjà dit, les psy m’ont toujours fait l’effet d’inconnus qui ne pouvaient PAS comprendre !

Heureusement, avec l’âge, j’ai pu – peu à peu – séparer le grain de l’ivraie et comprendre en toute sérénité mes réflexes de communication et de partages, qui n’ont rien à voir avec un quelconque manège manipulateur. Je me suis enlevée l’épine du pied toute seule et j’aime glisser dans les valises que j’offre, une petite pince à épiler, pour que le fêtard puisse s’enlever toutes les épines du pied tout seul.

C’est le message pétri d’amour d’un jeune collègue qui m’a permise de mettre le doigt sur ce mécanisme d’amour que j’ai préféré qualifié de sournois, plutôt que de parler « d’hypocrisie ».

J’ai donc sorti mon dictionnaire Robert et une fois de plus quelle déception ! Je lis « caractère », « opinion », « sentiments »… mais c’est quoi cette blague ?

Quel caractère ? Pensez-vous que nous soyons figés comme de la gélatine dans un caractère ? Ne sommes-nous pas beaucoup plus vastes, plus complexes, plus grands, plus riches qu’un caractère ?

Quelles opinions ? Mais à quelles opinions puis-je me fier, alors que mille fois encore, mes convictions ont été balayées par de nouvelles données, de nouvelles informations, ces moments où l’horizon s’ouvre, découvrant des ramifications, des possibilités, des voies inconnues que je ne pouvais pas soupçonner.

Quels sentiments ? Il suffit que mes intestins se rebellent pour que mon cerveau ne réponde plus présent, que mon regard croise la détresse pour tomber six pieds sous terre, que je retrouve un objet précieux que je croyais perdu pour me hisser au 7ème ciel… Ces sentiments sont comme les nuages qui passent, s’arrêtant parfois cachant le soleil ou apportant enfin la pluie tant attendue…

Quelle fatigue…

Alors merci jeune collègue de me rappeler qu’effectivement, parfois, nos aspirations sont plus fortes que nos tensions, plus grandes que nos blessures, plus vastes que nos peurs. Nos aspirations de partages, de paix, de rires et de soleil sont beaucoup plus généreuses que nos histoires personnelles, elles sont notre ligne de mire, notre cap sur lequel nous décidons de fixer notre gouvernail intérieur. Il n’est plus question d’hypocrisie, il n’en a jamais été question en fait, parce que notre comportement se calque sur ce ressenti de l’autre qui est lui aussi dans sa complexité, ses fragilités et ses manques, nous lui faisons face le coeur ouvert, parce que nous avons vraiment envie de partager une toute petite tranche de vie avec lui. Comme des enfants qui partagent leur goûter.

Merci B. !

Une réflexion sur « L’amour sournois »

  1. Tellement vrai ! Ton texte reflète très fidèlement le fonctionnement psychique des enseignants de l’équipe des Pervenches. Bravo, Marie-Rose!

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