La mesure du cadeau

A l’occasion de la fête des mères, on est assailli de grandes pancartes nous expliquant ce qu’est un cadeau : un parfum, un voyage, un bijou, un restau… et comme des c… on y croit !

Si on ne reçoit pas de cadeau ce jour-là, on peut même être au bord de la crise de nerfs, tellement on se donne toute l’année. La fête des papas, le marketing suisse ne l’a pas développée et je ne sais pas si c’est dommage, parce que je ne crois pas qu’on ait besoin de nous rappeler combien un papa c’est précieux. Bref.

Moi j’assiste en classe aux cadeaux impromptus que certains élèves préparent : parfois c’est un coeur dessiné sur une feuille, parfois colorié ou décoré, pas toujours découpé ; puis mille feuilles scotchées recouvrant ladite feuille avec le coeur. Ils y mettent tellement d’entrain, qu’il est pratiquement, physiquement, pas possible de déchirer l’emballage sans déchirer le coeur qui est à l’origine du cadeau, parce qu’il y a plus de scotch que de papier. Ils sont tellement contents de leur offrande, que je n’interviens pas dans leur création.

A chaque fois, je me demande comment le, ou la, destinataire le reçoit… Comment reçoit-on le caillou de l’enfant, le bout de bois ou l’autocollant scintillant ? Prend-on toute la mesure du cadeau ?

Mon côté un peu machiavélique et comique rappelle régulièrement à mon mari que j’attends toujours le solitaire qui me comblerait de joies (ha-ha), mais il sait très bien que tout ça c’est de la blague…et on rit bien. Les cadeaux que j’attends sont extrêmement simples…chacun les siens.

Mille cadeaux peuvent apparaître au cours d’une journée, mais comme ils n’ont pas été annoncés comme tels, comme ils ne sont pas forcément emballés, ils passent totalement inaperçus. Il semble donc qu’il faut faire preuve d’attention pour les voir apparaître et en profiter pleinement, sinon… « dommage ! », on n’en profite même pas. Si on est « pré-occupé », il n’y a plus assez d’espace de réception, de réceptivité, pour reconnaître ces cadeaux inopinés, parfois fugitifs.

On nous a appris un certain nombre de formules de politesse que l’on prononce machinalement, comme des réflexes de Pavlov, sans prendre la réelle mesure de ce qu’on dit. De la même façon qu’on sait que quelqu’un nous sourit au téléphone, on sait aussi quand le « merci » est habité ou pas… s’il est habité, c’est que l’autre accuse vraiment réception de ce que vous lui avez offert.

Alors je rêve, je rêve d’un monde où chacun aurait cet espace pour accueillir ce qu’il reçoit : le sourire, le mot, le geste, l’attention, le regard, la présence, le service qui nous réjouit. Chaque fois que l’autre a pensé à un truc qui nous allège, qui nous facilite, qui nous aide, qui nous apaise, c’est un cadeau… Mais si on reste englué dans des attentes (quand ce n’est pas des exigences) dans des projections, des suppositions, des inquiétudes et bien on peut écrire « dommage !», on reste avec le sentiment que tout est très injuste parce qu’on ne reçoit rien.

Recevoir c’est tout un programme… était-on égaux dans notre capacité à recevoir ? Ou est-ce que ça s’apprend ? Est-ce que les blessures du temps obstruent tout l’espace intérieur, comme une cave qui déborderait, nous laissant dans l’incapacité de recevoir quoi que ce soit ?

Je laisse mes interrogations en suspens… comme un espace que je mets à votre disposition.

PS : Si vous êtes une femme, si vous vous êtes mariée emballée de tulles, de rubans et de fleurs…avez-vous pensé au fait que vous vous êtes présentée comme un cadeau sur pied ? Les hommes, eux, se contentent de mettre le ruban autour du cou.

4 réflexions sur « La mesure du cadeau »

  1. Merci de tout mon coeur pour tes écrits. Pour moi sont toujours des grands et précieux cadeaux. Avec le temps j’ai apprécié de plus en plus les petites choses comme des grands cadeaux. C’est merveilleux. À bientôt ma chère

  2. Hello …
    En informatique un programme est considéré comme quelque chose de “vivant”. Il faut le maintenir à jour pour éviter qu’il ne fonctionne plus au moment où tu veux pouvoir justement prendre le billet avec l’application super simple du téléphone… d’où la nécessité de mettre à jour le programme …
    Donc si recevoir est TOUT un PROGRAMME,… tu fais bien de nous rappeler qu’il faut mettre à jour notre façon de RECEVOIR….
    J’tembresse!

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