La digestion neuronale

L’ère est à la découverte des émotions : toute une littérature s’étale dans les rayons enfants des grandes surfaces jusqu’au guichet de la poste où vous pouvez consulter les livres en attendant votre tour. Seulement une chose est de découvrir l’impact émotionnel de ce que l’on a pu vivre depuis notre tendre enfance et autre chose c’est de pouvoir les gérer au quotidien. Alors en parallèle se développent encore tous les séminaires, stages et livres, bien sûr, pour les découvrir, les déceler, les canaliser, les exprimer, etc.

Bref, l’histoire d’une vie à vrai dire !

Et puis vous aurez encore tout le pan de ceux qui considèrent que les émotions vécues, depuis que vous avez poussé votre premier cri, se stockent encore dans votre champ aurique, de manière innocente et invisible. Vous pourrez ainsi consulter encore tous ceux qui se chargent de drainer les énergies, soit les magnétiseurs, énergéticiens, chamanes, géobiologistes, etc.

L’univers émotionnel me donne le vertige, tellement vaste, tellement profond, tellement mystérieux, que les bras m’en tombent, je ne sais plus où me situer ou qu’en penser dans cette jungle neuronale bien trop touffue pour moi.

Par contre, si je transpose ces mécanismes à ceux de la digestion, je peux mieux appréhender ces rouages d’une logique naturelle… Sachant qu’il y a des neurones non seulement dans le cerveau, mais encore dans le système digestif et le coeur, la transposition me paraît judicieuse et cohérente.

Ce n’est que maintenant que l’on prend conscience de l’importance d’une alimentation saine, régulière, équilibrée… On commence à réfléchir sur le phénomène des allergies alimentaires, les dégâts des additifs, des plats tout faits qui ne sont pas toujours joli-joli, des productions industrielles qui polluent et rendent malades.

Ainsi donc, il est assez facile de se situer dans sa capacité à prendre conscience de ce qu’on mange. Il y a ceux qui vont pouvoir prendre le temps d’acheter des produits du terroir, de les cuisiner, de les assaisonner et les apprêter amoureusement. Ceux qui vont respecter leurs intolérances alimentaires ou leurs préférences, ceux qui vont se nourrir en suivant les cycles journaliers. Bref, ceux qui mangent en conscience avec gratitude. Le corps se manifeste quand des écarts lui ont été imposés, quand des abus ont pris le dessus. Facile !

Il y a ceux qui aiment une cuisine très élaborée, recherchée, raffinée, ils sont toujours à la recherche d’originalité et d’exotisme, il y a ceux qui aiment les plats simples, traditionnels où les produits d’origine offrent leurs savoureuses particularités. Ceux qui salent systématiquement leur assiette, ceux qui ajoutent toujours un peu de poivre, ceux qui mettent de côté le gras, ceux qui saucent tout ce qu’il est possible de saucer, ceux qui aiment croquer ou mastiquer, ceux qui aiment avaler tout rond. Magnifique cette palette de vie !

Dans la médecine chinoise ou ayurvédique, on vous demandera ce que vous mangez et on mettra en relation vos habitudes avec les manifestations de votre corps, on pourra même décrire votre nature. Sous nos latitudes, soit disant civilisées ou technologiquement avancées, rien de tout ça encore… on goge dans une somnolence vaseuse. A part « cinq fruits par jour » ou « est-ce que vous faites du sport », notre réflexion n’est pas très élaborée, on attend d’être malade pour se réveiller.

Je ris en douce quand je mesure mes habitudes alimentaires : j’ai toujours préféré être accompagnée pour manger, sinon je mange debout et parfois même à même la casserole (si-si), j’ai souvent fait des indigestions de chocolat, au point d’en faire des crises de foie, j’aime avoir beaucoup de nourriture dans l’assiette, et la nouvelle cuisine où deux haricots se courent après me coupe l’appétit. Le moindre abus est renvoyé illico-presto à l’expéditeur et si je suis prise dans une activité compulsive, je peux oublier de manger ou de boire…

Oui, je consulte.

Nourrir ses proches ou ses enfants peut avoir un effet thérapeutique, voir même salvateur ! Ouvrir sa table à ceux que l’on aime réveille le coeur et tous ces gestes qui vont exprimer toute l’affection et l’attention que l’on a pour l’autre… Je ne connais personne qui aurait servi des MacMo lors d’une soirée entre amis… On prend la peine de demander s’il y a des intolérances au gluten ou au lactose, des végétariens ou des incontournables d’ordre religieux. On va parfois mettre les petits plats dans les grands, dresser une table avec nappe, serviettes et peut-être même argenterie…

Le plaisir de ce partage archaïque, généreux, chaleureux reste une valeur sûre, rassurante et réjouissante.

Alors à tous ceux qui prennent ce temps et cette attention pour se nourrir, il y a de fortes chances pour que vous soyez aussi à même de respecter votre machine émotionnelle, les neurones de votre cerveau dansent à l’unisson avec ceux de votre système digestif et ceux de votre coeur. Et vous ne saviez pas que vous étiez le grand artiste de votre vie, c’est un don qui n’a pas de prix.

Bonne dégustation !

2 réflexions sur « La digestion neuronale »

  1. Se régaler à décrypter ses émotions, les enfants le pratiquent bien et ils sont intarissables lorsqu’on leur laisse l’espace pour en parler. J’ai passé un bon moment de « dégustation » pas plus tard qu’hier avec mes élèves.

  2. coucou,
    en réponse à ton texte,
    celui de Rumi, ci dessous, texte qui me parle bien.
    Plutôt que de “gérer” ses émotions, les accueillir, pour qu’elles se sentent entendues, bienvenues et puissent ensuite passer leur chemin . Gérer… ce mot qu’on met à toutes les sauces,en parlant de cuisine 🙂 : gérer sa vie, ses enfants, son travail, les situations qui se présentent à nous, sa vieillesse… Hommes et femmes d’affaire (ou affairé.es !), croyant , voulant tout contrôler, au lieu de laisser passer en nous et autour de nous le flot et le flux de la Vie.
    Bon, je dis ça, sans bien savoir le faire, sauf parfois, instants de grâce…
    Moi aussi je voudrais gérer ma vie et tout contrôler, pour que ne m’arrive aucune tuile, que je ne ressente rien de désagréable, que je ne vieillisse pas, que je sois super héroine qui puisse protéger celles et ceux que j’aime de toute tuile aussi, de toute émotion désagréable, etc etc…

    Alors ce ptit poème de Rumi pour me rappeler que la vie et nous mêmes avons des parts d’ombre et de lumière, de joie et de tristesse, des naissances et des deuils…
    et aussi qu’il y a en nous et autour de nous quelque chose de plus grand , témoin de tout cela et qui peut tout embrasser, mais auquel il est parfois difficile de se relier.

    Alors oui déjà et souvent, se relier les un.es aux autres, manger, boire, rigoler, célébrer, fêter, déguster.
    Miam !
    Bisous chère toi,
    Véro

    Poème de Rumi

    Ainsi l’être humain est une auberge.
    Chaque matin, un nouvel arrivant.
    Une joie, un découragement, une méchanceté,
    une conscience passagère se présente,
    comme un hôte qu’on n’attendait pas.

    Accueille-les tous de bon cœur !
    Même si c’est une foule de chagrins
    qui saccage tout dans ta maison,
    et la vide de ses meubles,
    traite chaque invité avec honneur.
    Il fait peut-être de la place en toi pour de nouveaux plaisirs.

    L’idée noire, la honte, la malice,
    accueille-les à ta porte avec le sourire
    et invite-les à entrer.

    Soit reconnaissant à tous ceux qui viennent
    car chacun est un guide
    qui t’est envoyé de l’au-delà.

    Extrait de « The Essential Rumi », traduction française de Claude Farni.
    Djalâl od-Dîn Rûmî est un mystique musulman persan qui a profondément influencé le soufisme.

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