Je me sors les pouces du c…coeur !

Et là je fais un pied de nez à ma vieille mégote du primaire qui m’avait mis un 3 (sur 6) à ma toute première « composition » – 8 ans -, parce que « je ne connaissais pas bien les expressions françâises… », parce que je n’étais pas de langue maternelle françâise…mais moi je voulais faire des petites figures de style qui surprennent…mais nân…ça se disait pas disait-elle.
Encourageante la mégote pour une première composition ! Isn’t it ?

J’ai dû attendre l’uni pour me farcir une tonne de bouquins de lettrés qui expliquaient en long et en large, à coup de références et de citations, ce qui était le propre de la poésie : sortir des règles, oser l’inattendu, inventer une nouvelle réalité !

Osez sortir du cadre…faire parler notre cœur, au lieu de s’accrocher à la bonne logique du mental et de la raison…voilà la gageure !
En attendant, vous voyez bien les dégâts que l’on fait subir à certains jeunes…les dyslexiques, les hyperactifs, les « haut potentiels », pendant beaucoup d’années, avant qu’ils deviennent enfin suffisamment grands pour affirmer ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent, avec les outils de grands.

Quand je rencontre des élèves qui n’entrent pas dans le moule, parce que leur comportement pose problème, parce que leurs aspirations débordent et qu’ils sabotent les leçons qui les ennuient, parce qu’ils ne suivent pas les consignes tranquillement et qu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’être créatifs, inventifs et qu’ils bousculent l’ordre établi, je dis aux parents : « maintenant c’est un peu difficile…mais plus tard on les remerciera, car c’est grâce à des personnes comme il – ou elle – que le monde change et évolue…votre enfant vous oblige à revoir votre copie… ». Evidemment les parents et la maîtresse sont verts de panique, la ritaline leur pend au nez.

Parmi les jeunes de mon entourage, il y en a quelques-uns qui me réjouissent :
– un qui fait un apprentissage de maraîcher, parce qu’il s’intéresse à l’art de cultiver les légumes en respectant la biodiversité,
– une autre une formation pour élever des brebis ou des chèvres, parce qu’elle souhaite développer le respect du règne animal,
– une autre a arrêté l’uni pour se former en yoga et les exercices de pleine conscience,
– une autre collabore pour mettre en place une épicerie participative (http://lenid.ch/le-nid-devient-officiellement-une-cooperative),
– un autre fait de la musique et édite des disques avec les trois groupes de musiciens avec lesquels il s’est engagé,
– un autre s’est formé pour pratiquer des thérapies de bols chantants…

WOUAW ! Merci les jeunes !
…Et merci à leurs parents, ou leur entourage, qui leur ont fait suffisamment confiance pour respecter leurs aspirations et leur permettre de sortir des sentiers battus. Ces jeunes ont dû être profondément aimés !

J’ai rencontré ce week-end un adulte qui peut chanter, jouer de la batterie, de la guitare, du clavier, créatif comme tout, mais la perception qu’il a de lui-même ne lui permet pas de jouir pleinement de ses compétences et de revendiquer son exception. Il est resté avec l’image de ce que ces grands ont dû lui dire : trop lent, trop paresseux…parce qu’il devait sûrement regarder par la fenêtre sur les bancs d‘école…

Combien d’adultes consultent des psys et des médecins, parce qu’ils sont persuadés d’avoir raté leur vie tout en restant insatisfaits de ce que l’air ambiant leur offre ? Ils ne perçoivent pas les merveilles qui les habitent, car chacun et chacune, sans aucune exception, contient des trésors !

Actuellement, nous en sommes encore au Moyen-Age, c’est l’ère de la “diplomite” (c’est pas de moi, mais de ma copine Patricia),  à radoter sur tous les écueils que notre enfant pourrait rencontrer, nous sommes rassurés s’il suit une filière traditionnelle en bonne et due forme, nous donnons des conseils qui, parfois, bafouent les élans du coeur.

Merci aux « vieux » qui ont choisi de faire un travail à mi-temps (il y 30 ans), pour avoir du temps pour soi. Merci aux “vieux” qui ont choisi une voie alternative ou qui font de la musique entre copains, juste pour le plaisir.  Aux “vieux” de 40 ans qui ont entendu leurs aspirations profondes pour y répondre en bousculant leur quotidien, en se lançant dans une nouvelle formation ! Parce que vous êtes des avant-gardistes et nos enfants ont juste besoin de confiance et d’amour…vous êtes leur modèle.

Vous vous êtes sorti les pouces du coeur !

PS : moi j’ai fait un mixte : je me suis faufilée dans un moule et puis maintenant – comme j’ai de la bouteille – j’ose exprimer ce que j’ai dans le ventre. Ça va bien, merci.

6 réflexions sur « Je me sors les pouces du c…coeur ! »

  1. Et merci à notre “vieille” copine qui plonge au fond de de ses tripes et qui a le courage de remonter à la surface toute la luminosité de son cœur pour éclairer nos chemins de vie.
    Je t’adore ❤️✨😍

  2. Moi je connais des jeunes qui veulent mettre en place des cours de philo à l’école primaire et je crois Ramimose que, quel que part, tu as déjà initié cela 😉
    Pourvu que tous les élèves atypiques puissent trouver le chemin de ta classe, et de classes comme la tienne, pour ne pas commencer le long chemin de leur formation en se faisant couper l’herbe sous le pied! Merci d’être une enseignante atypique 😛

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