Incontinence verbale

C’est connu, quand l’enfant commence à faire dans son pot, on est tout content…
Quand on peut commencer à lui enlever ses couches, on est encore plus content…
Et quand il est propre la nuit, là c’est la fête ! On le félicite !

Alors j’aborderai maintenant un sujet délicat : l’incontinence verbale…

A 4 ou 5 ans, en classe, l’incontinence verbale est en voie d’acquisition. Il est donc tout à fait naturel que chacun y aille de sa petite chansonnette pour accompagner son intérieur : « zoum zoum zoum », « gngngngngngn », « lalalalala », etc, etc…
C’est tout à fait mignon à la maison, moi-même j’ai enregistré les monologues de ma fille, fascinée, hypnotisée, subjuguée par sa délicatesse, son intelligence, son imagination, sa richesse mélodique…
Heu ça va ! Tous les parents sont passés par là.

En classe, c’est moins mignon, car des bruitages en tout genre multiplié par 22 ou 23, ça ressemble très vite à une basse-cour. Mais bon, c’est la maîtresse qui gère et qui trouve toutes sortes d’astuces pour modérer le bruit de fond.
A 4 ou 5 ans, je leur apprends qu’il est possible de réfléchir dans sa tête, sans formuler oralement ce qui nous traverse l’esprit…oui, ça s’apprend. Vous avez peut-être oublié…

Je me souviens d’avoir dit à une personne qui avait eu vraisemblablement une attaque, lui paralysant la moitié du visage : « pourquoi sur la photo t’as pas la bouche tordue ? », oui, ben ça m’a valu une claque… On apprend donc à retenir ses paroles en développant la capacité de se mettre à la place de l’autre et mesurer l’effet que nos mots ont sur l’autre. La loi est simple : tu ne dis pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas qu’on te dise. Si vous voulez complexifier l’affaire je vous renvoie aux livres sur l’intelligence émotionnelle, notamment le plus classique celui de Daniel Goleman.

Qu’en est-il de l’incontinence verbale quand on est sorti des bancs de l’école ?

Ce n’est pas un sujet tabou, parce qu’il est encore très peu connu, mais il existe ! Je parle de ces moments fulgurants où on se lâche en débitant, si ce n’est en hurlant, tout ce qui nous habite. Souvent on peut ajouter trivialement « j’avais les boules », ou encore « j’ai craqué », ou peut-être « ha ! je lui ai tout dit !», « j’me suis pas gêné(e)  !»…

Il y a aussi ceux qui s’en veulent de ne pas balancer en pleine figure tout ce qu’ils ont sur le coeur.

J’ai essayé pour vous les deux formules. Figurez-vous que, contrairement à ce qu’on m’avait laissé croire, mon incontinence verbale ne m’a pas soulagée du tout ! Je n’ai pas ressenti l’once d’un apaisement, si ce n’est le constat de tout le malaise – pour ne pas dire «le mal » – que j’avais répandu tout autour de moi… C’est à ce moment que j’aurais préféré prendre le risque d’une occlusion verbale.

Certains m’ont fait croire que je devais consulter, pour m’exprimer davantage, m’affirmer, me respecter ou me faire respecter et je ne sais quelles autres fadaises. Et bien, avec ce temps qui joue en ma faveur, je vous assure que ce ne sont pas les plus grandes gueules qui ont « beaucoup de caractère » ! C’est presque même tout le contraire : il faut beaucoup de force pour se retenir, et encore plus de force pour digérer les émotions qui accompagnent le flux sanguin d’une poussée de moutarde qui monte au nez, sans tomber malade, se faire un furoncle ou une crise de foie.

Ainsi donc, vous qui maîtrisez votre transit verbal, fessilitez-vous : il y a une part en vous qui sait qu’il n’est pas très utile de déverser votre venin, une part qui sait que cela ne vous soulagera pas, parce que vous savez le tort que vous pouvez faire à l’autre.

Vous qui choisissez de vous taire ou de modérer vos paroles, dorénavant, au lieu de vous voir comme quelqu’un de faible qui n’a pas su envoyer l’autre promener, voyez-vous comme quelqu’un de large, généreux et fort, qui a vu qu’il avait perdu son interlocuteur, la communication est interrompue, veuillez patientez ou rappeler plus tard, tous nos collaborateurs sont occupés.

C’est agréable quand certaines personnes ont des incontinences verbales chaleureuses et heureuses, qui laissent la place à l’autre et qui le mettent en lumière. Ce serait bien de se répandre en mots gentils, agréables, en compliments, en souhaits, en cadeaux verbaux… Des mots comme des sourires, comme des clins d’oeil, des mots qui réjouissent. Il existe un très joli livre pour enfants de Rascal, qui parle des mots qui sentent bon.

Il est temps de rivaliser avec les émoticônes, assez réducteurs, et revoir les pages du dictionnaire pour développer … un vocabulaire, mûrement choisi et savouré, comme le gruyère. Bénéficier d’un large éventail de mots préserve d’ailleurs du burn out ou du pétage de plomb, comme on l’apprend en cohérence cardiaque ou en communication non violente.

Chers papaz et mamaz, le parler bio ou l’écologie relationnelle est entre vos mains et c’est maintenant !
Merci, avec plaisir, au plaisir, bienvenu, enchanté, je vous en prie, sans façon, de bon gré, à votre service, volontiers, avec joie et de tout coeur !

4 réflexions sur « Incontinence verbale »

  1. Des fois la réaction face à un déversement verbal peut étonner dans le résultat inattendu que cela peut avoir sur ceux qui reçoivent ce flux inapproprié ! Pour exemple le dernier film d’Eddy Murphy (ou pas !) qui s’appelle Imagine… A un moment Eddy ou Evan dans le film explose dans une réunion avec des clients et investisseurs de marché boursier…et il dit : “SI vous baissez le pantalon de cette entreprise (dessin de sa fille comme preuve…) vous verrez que c’est plein de caca… ( toujours le dessin comme preuve…) (je l’ai vu en espagnol et la traduction littérale est “popo”)”. Je n’en dis pas plus et recommande de voir la réaction de son chef qui est vraiment inattendue !

  2. Oh comme je connais l’incontinence verbale! Mon fils m’en a fait cadeau tout le temps et encore maintenant, heureusement moins souvent.
    Ton écrit tombe comme d’habitude juste. Merci de tout mon coeur

  3. On peut parfois vivre certaines situations dans lesquelles une certaine incontinence verbale est salutaire (je suis d’avis qu’il ne faut pas garder des sentiments polluants dedans soi pour risquer en plus de se tricoter un cancer avec !)
    “Je vous remercie pour votre gentillesse et votre courtoisie” ai-je hurlé hier, du rez de mon immeuble … et ça m’a grandement soulagé !
    Je finissait de délester mon vélo de gros sacs de courses bien lourds juste devant la porte d’entrée. Une dame (plus ou moins la même soixantaine que moi) passe devant moi, je lui dit bonjour, elle me voit verrouiller mon vélo à un mètre d’elle, ne me réponds pas, fait le code, ouvre la porte, entre et se poste devant l’ascenseur; j’atteins la porte au moment du “clic”, je refais le code, ouvre la porte et la bloque avec un de mes sacs afin d’empoigner l’autre (lourds les sacs!), la dame se retourne, me regarde, l’ascenseur s’ouvre, elle entre sans piper mot, l’ascenseur se ferme là, devant moi.
    Durant quelques secondes, je suis restée perplexe, sans voix (donc sans souffle) devant tant de goujaterie. Le temps d’entendre ses pas sortir de l’ascenseur à peine 2 étages plus haut. Alors, mon indignation s’est exprimée spontanément haut et fort.
    Et Dieu que ça fait du bien !!!

    1. Ah ben pour moi ce n’est pas de l’incontinence…tu as eu le temps de crier une phrase qui a dû la surprendre et la faire réfléchir…
      Chapeau bas !

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