Entre ciel et terre

Entre  Ciel et  Terre

Le Prince de l’Arc-en-Ciel avait grandi, il avait maintenant l’âge de s’énamourer.

Chaque matin, la nature entière lui soufflait à l’oreille qu’il était temps de se marier : le soleil lui caressait le corps lui donnant un piment plus coloré, les flots de la mer l’appelaient  et l’incitaient à plonger dans les vagues, les arbres dégageaient un parfum qui le poussait à goûter le jus de leurs fruits, mais encore, les papillons venaient tourbillonner sous son nez, les oiseaux roucoulaient à sa fenêtre, un couple de chats venait lui faire quelque croche-pattes, et même son chien lui mordillait les fesses.

Le prince partit se promener dans le quartier des pêcheurs, là il rencontra une magnifique demoiselle aux cheveux bouclés noirs, aux yeux en amandes, son sourire dégageait toute la chaleur du soleil. Il lui proposa de l’épouser :

– Mais mon Prince, lui dit-elle, mon homme sera pêcheur, je voudrais qu’il ait les épaules dorées par le soleil, puissantes pour lever ses filets, je voudrais qu’il sente la mer et que sa peau ait le goût du sel, et toi, tu n’es qu’un Prince…
Il s’en alla un peu déçu, tout en sachant que cette jeune-femme avait raison.

Il se promena au quartier des épiciers, là il rencontra une magnifique demoiselle à la taille fine, aux mains délicates et parfumées, son sourire dégageait toute la saveur d’une belle pêche. Il lui proposa de l’épouser.
– Mais mon Prince, lui dit-elle, mon homme sera marchand, je voudrais qu’il ait le corps harassé par les longs voyages pour pouvoir l’apaiser, je voudrais qu’il sente le désert et que sa peau ait le goût des épices qu’il ramènera, et toi, tu n’es qu’un Prince…
Il s’en alla un peu déçu, tout en sachant que la jeune-femme avait raison.

Il sortit de la ville et se promena à la campagne. Il rencontra une magnifique bergère, à la voix mélodieuse et au corps agile, son sourire dégageait toute la lumière d’un champ de blé. Il lui proposa de l’épouser.
– Mais mon Prince, lui dit-elle, mon homme sera agriculteur, je voudrais qu’il ait la vigueur au lever du jour pour pouvoir la partager, et la délicatesse pour tondre les brebis sans les blesser. Je voudrais qu’il sente le lait frais et que sa peau ait le goût fumé des feux qu’il allumera, et toi, tu n’es qu’un Prince…

Cette fois, le Prince de l’Arc-en-Ciel s’en alla un peu triste, voyant bien que l’amour était était plus compliqué qu’il n’y paraissait. Il en parla à son conseiller qui lui proposa de contacter toutes les princesses de l’univers, cela retarderait un peu ses noces, mais il fallait garder bon espoir.

Ils commencèrent par organiser un bal réunissant toutes les princesses des Terres d’En Haut.
Hélas, elles étaient toutes très sèches, elles étaient toutes ambitieuses et voulaient agrandir leur territoire de gré ou de force. Le Prince ne voulait pas de guerre. Elles s’en allèrent furieuses.

Puis ils invitèrent toutes les princesses des Terres d’En Bas.
Hélas, elles étaient toutes gonflées de viandes grasses, elles étaient toutes vénales et voulaient enrichir leur pays par tous les moyens. Le Prince ne voulait pas d’injustices. Elles s’en allèrent furieuses.

Puis ils invitèrent toutes les princesses des Terres du Centre.
Hélas, elles étaient toutes sans formes, elles étaient toutes capricieuses et voulaient amuser leurs pays sans tenir compte du jour ou de la nuit. Le Prince ne voulait pas de mensonges. Elles s’en allèrent furieuses.

Ils invitèrent finalement les princesses des Terres Oubliées. Elles n’étaient pas très nombreuses, certaines étaient gaies, d’autres mélancoliques, mais toutes étaient très heureuses d’être conviées au bal et même si le Prince ne les choisissait pas, elles étaient contentes de rencontrer des personnes qu’elles ne connaissaient pas.

Le Prince de l’Arc-en-Ciel fut attiré par la Princesse  Lumineuse.  Elle était accompagnée de quatre enfants.
– D’où viennent-ils ? demanda le Prince étonné.
– Mon premier enfant s’appelle Delphine. Son père était pêcheur, mais nos chemins se sont séparés, car je n’ai pas pu me résoudre à vider les poissons qu’il ramenait. Delphine porte la chaleur de son père.

Mon deuxième enfant s’appelle Cannelle, son père était marchand, mais nos chemins se sont séparés, car je n’ai pas pu m’habituer à l’inquiétude de l’attente, lorsqu’il partait en voyage. Cannelle porte la magie de son père voyageur.

Les troisièmes sont jumeaux, ils s’appellent Victor et Maxime, leur père était agriculteur, mais nos chemins se sont séparés, je n’ai pas pu me résoudre à rester impuissante face à la grêle ou la maladie qui dévastait parfois le fruit de son travail. Victor et Maxime portent la vigueur et le courage de leur père.

Alors le Prince Arc-en-Ciel prit la parole :
– Moi je ne suis qu’un Prince, je ne suis ni pêcheur, ni marchand, ni agriculteur, je suis le Prince de l’Arc-en-Ciel et je construis des ponts entre les nuages les jours de pluie.

Et la Princesse Lumineuse lui répondit :
– Moi je ne suis qu’une Princesse, je ne suis ni femme de pêcheur, ni femme de marchand ou d’agriculteur. Je suis la Princesse Lumineuse, mes enfants sont des étoiles entre la terre et le ciel, et je construis des ponts entre le jour et la nuit.
Et ils se mirent à rire.

Il lui offrit son royaume et l’épousa sur le champ.
On ne sait pas s’ils eurent encore beaucoup d’enfants, mais le peuple qu’ils gouvernèrent ensemble vécut heureux jusqu’à la nuit des temps.

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