École intime

Mais oui ma brav’dame, voilà les vacances scolaires et la relâche pour les maîtres zé maîtresses-dézécolles… Et moi, presqu’à la prochaine rentrée j’aurai droit à une « décharge d’âge », ce qui me réjouit, tout en me renvoyant en pleine figure que le temps passe irrémédiablement et sûrement.

Autrefois, dans notre système suisse, il y avait deux filières : ceux qui se destinaient à suivre de grandes études via la matu (ou un bac si vous préférez) et ceux qu’on appelait les « manuels ». Le temps passant, l’organigramme scolaire s’est bien complexifié et sont apparues toutes sortes de nouvelles écoles professionnelles et toutes sortes de ponts ou passerelles qui permettent de prolonger les études, par le biais de matus professionnelles. Bref. Pour faire un raccourci un peu simpliste, c’est comme si autrefois on prenait en considération la tête et les jambes, ou les bras : « Tout le monde ne peut pas faire de grandes études… » ; alors qu’aujourd’hui un foisonnement de possibilités s’ouvrent et les parcours de formation se démultiplient.

En parallèle, en haut lieu on lutte toujours contre le décrochage scolaire et, cette année même, la scolarité obligatoire a été officiellement prolongée à 18 ans (alors que jusqu’à maintenant c’était 15 ans je crois), parce qu’ils disent que le niveau a baissé, que les jeunes ne sont pas assez formés et ne trouvent pas de travail. Enfin, je crois que c’est ça l’explication, j’avoue que les analyses et réflexions politiques m’échappent complètement.

Ben oui ma brav’dame, il y a une dimension que les chercheurs académiques n’ont pas pris en considération : la voie du coeur ! Les maîtres zé maîtresses-dézécolles se retrouvent aujourd’hui avec des élèves qui pètent des câbles émotionnels, au coeur de gestions de conflits en classe qui mettent à mal leurs planifications bien ficelées, face à des élèves dont les désarrois affectifs sabotent leurs séquences pédagogiques… Les enseignants doivent s’inventer des rôles de psychologues, éducateurs ou médiateurs qui n’étaient pas forcément prévus et inclus dans leur pack universitaire.

Ce sont ces maîtres zé maîtresses-désécolles qui se forment individuellement avec des cours de communication non-violentes, de méditations en classes, de relaxations ou respirations, ils mettent en place des jeux de coopération ou des activités qui favorisent la dynamique systémique de leur classe… Ils y sont pratiquement contraints, au risque de péter un câble à leur tour ou de plonger dans un burn out pur et dur.

Comme on a quand même de la peine à prendre humblement en compte cette dimension du coeur, une armada de professionnels interviennent dans les écoles : les psychologues qui accueillent des élèves en crises, les éducateurs qui interviennent dans les familles, les logopédistes qui vont soutenir tous ceux qui sont dys-quelque-chose, les enseignants spécialisés qui viennent enrichir la mallette des profs avec des activités spécial-enfants-complexes-ou-difficiles…

Les budgets ne permettent pas d’augmenter les heures d’expressions artistiques…peu de peinture, peu de danse, pas de théâtre, peu de rythmique ou de gymnastique…plus de travaux manuels, plus d’atelier bois, plus d’atelier de terre, plus de couture…

L’ère est au tableau blanc interactif… je pleure !

Où apprend-on la voie du coeur ? Où peut-on découvrir ce qui gît au fond de nos tripes ? Quand peut-on exprimer nos dons, nos trésors, ce qui fait notre exception ? Dans le secret de notre intimité… c’est une formation continue que l’on développe en autodidacte, confronté à tout ce que la vie nous présente. Combien d’années sont alors nécessaires pour reconnaître que l’on a une sensibilité qui rend généreux et confiant ? Combien de temps pour découvrir qu’« on ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux » ?

Aucun diplôme n’est décerné pour ceux qui savent partager leur goûter, aucune évaluation pour ceux qui savent ramasser le crayon qui n’est pas le sien, mais qu’on est capable de sentir sous son pied pour le remettre à sa place, aucune reconnaissance pour celui qui sait se mettre en fil indienne sans bousculer son voisin et lui parler aimablement par la même occasion. Alors comme il n’y a pas de prise en considération de cette dimension, on fait comme si elle n’avait pas d’importance. Si, par chance, le maître ou la maîtresse dézécolle la décèle chez un élève et la reconnaît en mettant des mots dessus, alors peut-être on sera capable de se reconnaître détenteur d’une richesse qui nous ouvrira des portes insoupçonnées et des horizons joyeux…

Merci à mon collègue enseignant, tout jeune diplômé, qui a écrit sur son profil Whatsapp :

Mais si le but poursuivi était, non de rester vivant, mais de rester humain…” Georges Orwell 1984

…bel été !

 

2 réflexions sur « École intime »

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