C’est quoi ta feuille de route ?

Oh ben moi cette fois, j’ai choisi de voyager sans bagages du tout : je ne pourrai même pas me tenir assise, je serai aveugle, je ne parlerai pas, ils devront me nourrir, me laver, je serai juste là parmi eux. Je serai ce qu’on appelle « un enfant chiffon ».
– Oh ben dis donc, tu as mis la barre drôlement haut !
– Oui, je vais bousculer tout le monde, les plonger dans un grand désarroi, mais je rendrai service à tout ceux qui oseront me regarder, ceux qui devront prendre soin de moi, ils feront un grand saut dans l’acceptation de mon être, dans la compassion et même l’amour. Face à moi ils seront au pied du mur : j’éveillerai ce qui gît au fond de leur tripes, la répulsion, le refus, ou l’acceptation et l’amour, sans aucun retour de ma part, hormis la survie de mon être. Je n’aurais pas fait ce choix au temps des Grecs ou des Romains, car ils m’auraient laissé mourir, dès la naissance au soleil, cela n’aurait servi à rien. Mais cette fois, ils savent déjà que tout être qui vient au monde a le droit de vivre, quel que soit son état. Et toi ?

Cette enfant chiffon je l’ai rencontrée quand j’avais 6 ans. J’étais en Belgique chez des parents et elle est arrivée dans les bras d’un adulte. On l’a couchée sur un canapé, on a coincé des chaises tout le long pour qu’elle ne tombe pas. Je l’ai regardée avec attention, elle avait de grandes boucles blondes, elle avait de très grands yeux bleus qui ne voyaient rien. C’était un être aussi.

Comme je voulais un petit frère ou une petite soeur depuis plusieurs années et que je le réclamais régulièrement, j’ai dit quelque chose d’effarant : « alors une soeur comme elle ! ».

J’ai évoqué pour la première fois cet épisode à table avec mes parents l’été passé. Mon père s’en souvenait, il ne comprenait pas pourquoi j’avais dit une énormité pareille… Je ne savais pas non plus. Je ne sais pas le sentiment qui m’habitait à l’époque et je ne me souviens de rien d’autre de cet après-midi, si ce n’est cette vision d’enfant chiffon et mes paroles…

Pendant des années, en revanche, quand je rencontrais une personne handicapée, je me questionnais de manière obsessionnelle : « Pourquoi elle ? Pourquoi moi ? ».

Quand plus tard j’étais enceinte, je travaillais avec des personnes handicapées mentales. Inutile de dire que ces mêmes questions sont revenues. J’avais sous mes yeux une palette d’handicapes avec des natures plus ou moins ouvertes, plus ou moins gaies. Je savais que tous les parents qui les accompagnaient avaient grandi dans leur chemin de vie et j’avais un profond respect pour eux.

J’ai travaillé dix ans avec elles, j’ai partagé leur repas, je les ai accompagnées en vacances, j’ai organisé des activités avec elles. Je savais qu’elles me considéraient pour ce que j’étais, sans a priori, sans jugement, sans calcul ou réflexion, parce que leur cerveau n’était pas programmé pour faire des constructions. Elles m’offraient la substantifique moelle de l’échange humain, aucune parole n’était superflue, personne ne jouait de rôle ou portait un masque. Nous partagions la vie.

Qu’y a-t-il dans vos bagages ? Quelle est votre feuille de route ?

Vu sous cet angle, l’essentiel peut sauter à la figure : chaque fois qu’un grand tournant de vie se pointe à l’horizon, c’est une étape de plus qui se franchit pour grandir à soi-même.

Parfois c’est juste le bonheur qui se profile, ce n’est pas toujours le chapitre le plus facile à vivre, parce qu’il fait peur, c’est parfois difficile de se laisser simplement porter par le bonheur, ouvrir les vannes de la confiance et de la joie donnent le vertige. On se méfie. On se demande même si on y a droit…

Reprenez votre feuille de route, car si c’est le bonheur qui est à l’ordre du jour, accueillez-le simplement et vivez-le pleinement pour rayonner et inspirer tous ceux qui vous entourent. Le bonheur est tout un apprentissage aussi ! … et puis remerciez…

4 réflexions sur « C’est quoi ta feuille de route ? »

  1. Comme ça, tout de go, la 1ère personne à remercier c’est toi et ta grandeur d’âme qui touche en plein ❤️.
    De faire partie de tes proches voilà un bonheur quotidien et bien nourrissant.
    Je t’en remercie et je t’embrasse.

  2. Magnifique! Merci beaucoup!.. C’est un sujet qui me touche aussi énormément.. alors merci/bravo d’avoir pu/choisit de le relier au bonheur parce qu’on oublie, entre une facture et un rendez-vous, qu’on est quand même choyé par la vie de pouvoir courir partout comme on le fait.
    Tes textes me permettent de m’arrêter et de contempler un peu ;-*
    Pleins de doux baisers salés

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