Au cirque Balthazar

Au cirque « Balthazar » avait grandi une jeune fille qui avait appris à nourrir les animaux, nettoyer les enclos, profiter du soleil pour faire sécher la lessive et faire feu de tout bois.
Tout le monde l’aimait, tant elle était gaie et dynamique, toujours joyeuse en pleine d’entrain. Tout le monde lui avait posé la question :
–  Alors ! Quel sera ton numéro quand tu seras grande ?
Elle répondait en éclatant de rire, et comme son rire était contagieux, son interlocuteur partait en riant lui aussi, ce qui lui permettait d’évincer la question.
A vrai dire, elle aimait les actes de son quotidien, elle les exécutait avec plaisir et attention, mais elle était très inquiète de devoir présenter un jour un numéro. Elle préférait rêver,  elle aurait bien voulu refaire l’affiche qui annonçait la venue du cirque, car elle n’avait pas changé depuis qu’elle était née.
Elle avait partagé la vie du cirque et assisté aussi aux maladies, aux chutes parfois des artistes et elle était parfaitement consciente des risques que chacun pouvait encourir.
Elle ne se voyait pas grimée en clown, d’ailleurs on lui disait qu’elle était bien trop belle pour ça. Elle n’avait pas envie de dompter les animaux, car lorsqu’elle prenait soin d’eux, elle imaginait l’espace dans lequel ils auraient pu vivre, s’ils avaient été libres, elle était pleine de compassion pour eux.
Parmi tous les animaux du cirque, elle avait un préféré, c’était l’étalon « Éclair ». Chaque fois qu’elle arrivait, il venait frotter son museau contre son cou, la chatouillant avec plaisir. Elle passait plus de temps avec lui, sa robe en était étincelante. La cavalière qui le domptait remarquait le lien qui s’était tissé entre eux et un jour elle lui demanda :
– Tu veux le monter ?
– Non, j’ai trop peur, lui répondit-elle
– C’est parfait, justement ! La peur se dompte comme un cheval ! Tu pourras découvrir le plaisir et la liberté.
« Éclair » semblait avoir compris la conversation, l’animal fléchit ses pattes avant, comme pour l’inviter à le monter. Elle en resta tétanisée.
C’est ainsi que la jeune-fille commença ses cours d’équitation et découvrit peu à peu un sentiment de liberté et de confiance, mais aussi une force insoupçonnée. Elle montait «  Éclair » comme si l’animal faisait partie d’elle-même.
Elle devint une écuyère hors-pair à tel point que les cavaliers des haras environnants venaient demander conseils auprès d’elle.
Elle prit une place essentielle au sein du cirque, car elle se mit à créer des décors pour les différents numéros et c’est grâce à elle qu’une nouvelle affiche annonçait désormais : la venue du cirque « Balthazar » !

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